Crise d'identité

 

 

 


Titre : Crise d’identité.
Auteur : Valérie
email : valeriec2@wanadoo.fr
Spoilers : Existence, saison 8
Résumé : le point de vue de Mulder et de Scully sur la nouvelle vie qui s’offre à eux.





* Mulder*

Nous sommes allongés tous les trois sur le lit, William au milieu de nous deux. Il repose paisiblement, ses lèvres à moitié ouvertes sur des ébauches de sourires. Scully a les yeux fermés, et j’essaye de trouver ma place dans ce tableau.

Depuis mon miraculeux retour à la vie, j’ai du mal à trouver ma place. En ouvrant les yeux pour la première fois, j’ai découvert que Scully était enceinte. Quelques jours après, j’ai su qu’elle avait un nouveau partenaire, et que je n’avais plus de boulot.
Beaucoup de choses à accepter pour un homme qui a disparu sans laissé de trace, passé trois mois dans un cercueil et ressuscité.

Scully ne m’a jamais clairement exposé la situation. Elle était enceinte, c’était un miracle, elle était heureuse. Je lui ai dit que j’étais heureux pour elle, sans jamais oser lui poser la question de la paternité de l’enfant. Les tentatives de FIV avaient échoué, nous avions entamé une relation amoureuse quelques semaines seulement avant ma disparition. Avait-elle trouvé un autre donneur ou bien étais-je vraiment le père ? La réponse m’angoisse tant que je n’ai jamais eu le courage de la lui demander.

Et maintenant que l’enfant est là, bien vivant, en bonne santé, je n’ose pas aborder le problème. Des pensées confuses se bousculent dans ma tête. Je suis passé par tant d’épreuves. Quand je ferme les yeux, les images de mon calvaire me reviennent et m’envahissent. Je revois une lumière brillante, puis je ressens la douleur que j’ai éprouvé en me réveillant, la sensation d’étouffement puis l’air à nouveau dans mes poumons. Je me revois hurlant sur cette chaise démoniaque, attaché de toutes parts, les poignets et les chevilles emprisonnées par du métal, et je revis les tortures qu’on m’a infligé, la scie qui m’a découpé le thorax, les prélèvements divers dans ma bouche et sur ma peau, jusqu’à dans mon intimité. Je ne sais pas comment j’ai survécu à cette abominable période.

Mon souffle s’accélère et soudain je sens la main de Scully sur mon épaule. Elle me regarde d’un air anxieux.

- Mulder ? Est ce que ça va ?

Que puis je lui répondre ? Que tout va bien, que je vais bien ? Non... Je ne vais pas bien.

Mais je n’ose pas lui dire.




* Scully *

Je sais qu’il ne va pas bien. Depuis son retour, et malgré le tout récent baiser que nous avons échangé il y a quelques heures, il est émotionnellement distant, presque détaché. Il a tant perdu depuis que nous l’avons retrouvé que je comprends qu’il ait du mal à se reconstruire. Pudiquement, il n’a pas évoqué son enlèvement, mais je sais, pour avoir passé quelques nuits près de lui, que ses cauchemars ne sont pas seulement le fruit de son imagination débordante. Les cicatrices sont là pour prouver qu’il a subi des épreuves terribles. Les souvenirs de ma propre disparition me reviennent et je connais la terreur qu’il a du éprouver.

Sait-il seulement qu’il est le père de notre enfant ?

Depuis toujours, nous avons du mal à exprimer nos sentiments. Ce qui explique en partie pourquoi nous avons mis tant de temps à nouer une relation amoureuse. J’avais peur de me perdre en m’investissant dans un amour où je savais que la tiédeur n’aurait pas sa place. Mulder est un être entier, complexe et passionné, et j’avais peur de me laisser dévorer. J’ai toujours été très indépendante, et cette pensée m’effrayait.

Nos sentiments dévoilés nous ont apporté la paix, et l’annonce de son disparition m’a dévasté. Puis cette vie miraculeuse a grandi en moi et j’ai trouvé la force de me battre, contre les rumeurs, contre l’absence, contre ma famille.

Maman a accepté la nouvelle de ma grossesse avec bonheur, alors que mon frère Bill est entré dans un colère noire. Il n’a jamais accepté Mulder et ses idées extravagantes, et sa disparition a exacerbé ses sentiments.

J’avoue que je ne sais pas très bien où j’en suis moi même avec Mulder. Est-il le père dont j’avais rêvé pour mon enfant ? La réponse est évidente. J’aurai préféré un homme plus stable, plus mur. Mulder est aux antipodes de ce modèle.

Lorsque je regarde son passé, je comprends mieux sa personnalité. Élevé dans une famille froide et désunie, il n’a pas connu le bonheur d’un foyer heureux. Sa mère lui a toujours reproché le fait d’être né d’un adultère, son père était un homme froid et brutal qui l’a physiquement et mentalement abusé durant toute son enfance et jusqu’à son adolescence.

Mulder a survécu, devenant l’être brillant et mal compris que j’ai rencontré il y a plus de huit ans. Sarcastique et vulnérable à la fois, manifestement égoïste mais empathique envers les victimes et les faibles, il se retranche derrière son humour à froid pour masquer ses sentiments. Mais je le connais mieux que quiconque au monde, j’ai été à maintes reprises témoin de sa sensibilité à fleur de peau et j’ai découvert en lui des trésors de tendresse.

Mais sera t’il capable d’assurer sa paternité ?

Je regarde mon fils, et je contemple l’homme enfant qui sommeille près de moi. Les cicatrices de son visage se sont estompées pour faire place à un visage marqué par le temps. Quelques rides ça et là sur son front large et au creux de ses paupières, des plis autour de sa bouche sensuelle. J’ai envie de le rassurer, de le prendre dans mes bras pour partager le bonheur qui me bouleverse. Mais j’ai peur qu’il prenne la fuite, qu’il se sente prisonnier d’une vie qu’il n’a pas choisi.

William se met soudainement à pleurer et me force à rompre avec ma rêverie et mes questions. Je me lève et le prend au creux de mon épaule, et je sens le regard de Mulder me suivre dans la chambre. Je lui souris tendrement et l’invite à me suivre dans la chambre de William. Il survole du regard la pièce que j’ai transformé récemment en nurserie. Il ne l’a encore jamais vu.

Il me sourit tristement.

- Tu as tout prévu, Scully. C’est impressionnant.

- Il fallait que je me prépare pour l’arrivée de Will.

- Toujours rationnelle ma Scully.

Sa remarque m’agace plus qu’elle ne m’irrite. Je m’affère auprès de mon fils et ma réponse mordante sort avant même que je réfléchisse à ses conséquences.

- Je savais que je ne pouvais pas compter sur toi pour les problèmes matériels, Mulder. J’ai vécu ma grossesse en pensant que je serai probablement une mère célibataire.

Il me regarde longuement, ses yeux aux reflets changeants se troublent l’espace d’un instant et sa voix s’assourdit lorsque il me répond.

- Tu as sans doute eu raison, Scully. Il valait mieux que tu prépares à cette éventualité.

Il sort de la chambre et j’entends la porte d’entrée se refermer derrière lui.


* Mulder *

Je me retrouve à l’extérieur de son appartement avant même de réfléchir à mes actes. Mes yeux se troublent et j’essuie rageusement des larmes de colère.

En la voyant parmi les meubles de la chambre de son fils, je me suis senti exclu et abandonné. Pas une fois depuis mon retour elle ne m’a montré cette pièce. Jamais elle ne m’a autorisé à pénétrer la nouvelle vie qu’elle se préparait. Je suis éliminé de l’équation. Et ça fait mal.

En marchant à pas lourds dans la ville déserte, j’essaye de comprendre ses motivations. Je conçois que je ne suis pas l’homme stable dont elle aurait rêvé pour son fils. Mon bagage émotionnel est plus que chargé et je ne lui ai jamais laissé entendre que je souhaitais changer. Mais je l’aime plus que ma vie, et je ne souhaite que son bonheur.

J’arrive après une longue marche devant chez moi. En ouvrant la porte de mon appartement, je ne ressens qu’un immense sentiment de solitude. Il me semble vide et froid. Je vais d’une pièce à l’autre, ma chambre est synonyme de cauchemars, et même mon canapé m’apparaît étranger. Mon aquarium est vide, mes derniers poissons sont morts il y a quelques jours. Il ne me reste rien... Plus de job, plus de famille...

Je me laisse tomber à terre et me prend la tête entre les mains. Les sanglots me surprennent, violents, profonds, et je crie mon désarroi. Je reste longtemps ainsi prostré, et quand finalement je me relève, mes idées sont plus claires.

Je sors un sac de voyage d’un placard et j’y place quelques vêtements, des affaires de toilette, la photo de Samantha et mes papiers.

Ma décision est prise.


* Scully *

L’appartement est à nouveau silencieux. Will s’est endormi tranquillement dans son berceau et je reste longtemps à le regarder, lui mon miracle, la réponse à mes prières. Le départ de Mulder m’a surpris, m’a fait mal, mais je suis sereine. Je sais qu’avec ou sans lui je serai heureuse avec mon fils.

Je regrette mes pensées instantanément. Bien sûr que je ne serai pas heureuse sans lui. Il est une partie de ma vie, il est la moitié de mon âme. Mais il est aussi difficile à vivre, impulsif, souvent égoïste et quelquefois ingrat. Il est torturé et sombre, mais il est aussi un merveilleux être humain, complexe et vulnérable, avec une facheuse tendance à se déprécier et à se mettre dans des situations qui le mettent en péril.

Je l’aime.

Avec ses défauts et ses qualités, je l’aime.

Et j’ai besoin de lui.

* Mulder *

Je me retrouve au beau milieu de la nuit devant sa porte, mon sac de voyage à la main. Je viens de prendre la décision la plus importante de ma vie. Si elle m’accepte, le cours de ma vie changera de façon irrémédiable. Je deviendrai un père, un compagnon, un mari peut être. Mon égoïste devra s’effacer devant ces nouvelles responsabilités. Je devrai apprendre à devenir responsable de ma famille.

Ma famille. Ce mot résonne dans ma tête.

Ma famille.Ma nouvelle famille.

La sonnerie de mon téléphone me fait sursauter. Je décroche machinalement. La voix de Scully me parvient, à la fois proche et lointaine.

- Mulder ?

- Scully ?

- Reviens. S’il te plait.

Je raccroche et je prends une immense respiration. Je frappe à la porte.

* Scully *

J’entends les coups à la porte alors que je viens de raccrocher le combiné du téléphone. Mon coeur bat à toute vitesse dans ma poitrine. J’ouvre la porte et le voilà, un sac de voyage à la main, vêtu de sombre, avec des yeux une espérance et une joie qui me bouleverse. Je le laisse entrer, nous osons à peine nous regarder. Il pose ses affaires et se tourne vers moi.

- Attends. Ne parle pas. Viens avec moi.

Je l’entraîne dans la chambre de Will. Il dort profondément dans son berceau. Je prends la main de Mulder et la serre très fort.

- C’est notre enfant, Mulder. Notre fils. Ton fils.

Il est hypnotisé par mes mots et par la vue qui s’offre à lui. Un sanglot sourd s’échappe de sa poitrine. Il esquisse un mouvement vers Will, caresse sa tête recouverte de petits cheveux fins. Puis il tourne son regard vers moi et des larmes brillent dans ses yeux.

- Mon fils...

Il me prend dans ses bras et je me blottis contre son épaule. Nous restons longtemps ainsi, l’émotion nous submerge et nous pleurons de joie l’un contre l’autre, plus rien n’existe au monde que nous trois, notre bonheur, nos espoirs.



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