Diamonstar


TITRE : Diamonstar
Auteur : valérie
Email : valeriec@wanadoo.fr
Avertissement : PG13
Catégorie : Aventure.
Spoilers : aucun
Disclaimer : les personnages de Mulder et Scully sont crées par Chris Carter et ne m’appartiennement pas.
Résumé : Mulder et Scully enquêtent sur une affaire de drogue et Mulder est impliqué plus qu’il ne l’aurait souhaité.



Mulder regarda Scully d’un air sombre. Ils leur avaient encore échappé. Cela faisait maintenant plus de quinze jours qu’ils avaient été affecté à la brigade des stupéfiants en renfort d’une équipe décimée par la grippe qui sévissait à Chicago. Ils traquaient une bande de trafiquants qui avaient mis sur le marché une drogue particulièrement ravageuse, la Diamonstar. Elle avait déjà ruinée la vie de plusieurs adolescents car son effet était immédiat. Après une prise unique, les utilisateurs devenaient complètement accros, réclamant de plus en plus de drogue pour finir rapidement vers une overdose fatale.

Le hangar était désert. Les trafiquants avaient dû y séjourner quelques temps au vue du matériel qui traînait ça et la, mais les oiseaux s’étaient envolés. Les hommes se dispersèrent pour essayer de récupérer la moindre preuve.

- Est ce que ça va ?

Scully regarda son partenaire d’un air consterné. Il prenait tellement à coeur cette affaire depuis qu’il avait vu le cadavre d’une jeune fille que Scully se faisait du soucis pour lui. Comme toujours quand il était absorbé par un dossier, il était totalement focalisé dessus, ne pensant plus à dormir ni à manger. Elle constata les dégâts engendrés par ces quinze jours de traque et soupira. Mulder portait la fatigue et le découragement sur son visage. Des grandes cernes grises entouraient ses paupières et sa bouche portait un pli amer.

- On les aura le prochain coup, Mulder. La chance ne nous a pas souri cette fois ci.

Il lui jeta un oeil découragé.

- Et d’autres jeunes gens vont mourir.

- Viens, on rejoint l’équipe.

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23 heures. Hôtel Teryl, Chicago.

Mulder contempla une fois encore les photos et les documents qu’il avait punaisé sur les murs de sa chambre d’hôtel. Quelque chose devait leur avoir échappé. Il examina chaque photo, relut chaque phrase des rapports, se concentrant sur chaque mot. Ses yeux étaient rougis par l’épuisement et il frotta ses paupières d’une façon lasse après avoir ôté ses lunettes. Il était totalement incapable de dormir, malgré les avertissements répétés de Scully. Il fallait qu’il trouve un détail, un indice qui permette d’identifier la planque des trafiquants.

Plusieurs heures plus tard, un détail lui sauta aux yeux. Son coeur s’emballa dans sa poitrine. Il regarda sa montre et constata l’heure tardive. Impossible de réveiller l’équipe à cette heure ci. Les hommes étaient épuisés. Il ne pouvait pas attendre. Il fallait qu’il vérifie son hypothèse.

Il prit sa veste et sortit de sa chambre silencieusement. Le concierge lui fit un signe de tête, un peu étonné de voir son client sortir en pleine nuit alors que la tempête faisait rage dehors. Mulder frissonna en respirant l’air glacial, puis héla un taxi.

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Scully frappa une fois encore à la porte de son partenaire, puis finit par ouvrir discrètement. La chambre était silencieuse. Le lit était fait et couvert de documents épars.

- Mulder ?

Scully fronça les sourcils. La chambre était vide. Aucun signe de son partenaire. Elle composa rapidement le numéro de son portable, mais l’appel n’aboutit pas. Elle sortit de la chambre et descendit dans le hall de l’hôtel, pour interroger le personnel.

- Votre collègue ? Oui, je l’ai vu sortir cette nuit. Oh vers deux heures du matin. Je crois qu’il a pris un taxi.

L’inquiétude monta rapidement dans l’esprit de Scully. Elle connaissait Mulder, son impulsivité, son insubordination légendaire. Elle imaginait très bien ce qu’il avait pu se passer cette nuit. Il avait sans doute découvert un indice et plutôt que d’attendre le matin pour en parler au staff avait préféré aller vérifier son hypothèse. Seul. Dans une ville qu’il connaissait mal. Elle appela Skinner.

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Vingt-quatre heures plus tard.

Scully se réveilla en sursaut. Il lui semblait qu’elle venait juste de s’endormir. C’était le cas d’ailleurs. Elle se releva du vieux canapé défoncé en grimaçant et observa le bureau où l’agitation était à son comble. Elle croisa le regard de Skinner qui était arrivé la veille après qu’elle lui ait signalé la disparition de son partenaire. Elle lut dans ses yeux qu’aucune nouvelle, bonne ou mauvaise, n’était arrivée pendant les quelques heures où elle s’était assoupie. Ils avaient fait le tour des hôpitaux, des postes de police, de tous les lieux possibles où Mulder aurait pu se trouver. Rien. Le vide intégral. Il s’était volatilisé dans la mégapole.

Elle attrapa un café au distributeur et se remit au travail avec les autres membres de l’équipe. Sa disparition était intimement liée aux trafiquants. C’était la certitude de tous maintenant. Il fallait donc les retrouver au plus vite si l’on voulait retrouver Mulder.

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Mulder était passé par tous les stades de conscience depuis qu’il avait été enlevé. Devant la douleur qui montait en vagues de tout son corps, il pensa qu’il préférait encore l’inconscience à tous les autres états. Il passa sa langue sur ses lèvres tuméfiées et sèches et se maudit encore une fois d’avoir fait la bêtise de sa vie. Son intuition était bonne. Il avait trouvé où les trafiquants opéraient. Pour les confondre, il s’était fait passé pour un consommateur. Mais pour une raison qui lui échappait encore, les trafiquants l’avaient repéré. Repéré et rapidement massacré. Dans la ruelle sombre, à l’abri de tous témoins, ils l’avaient battu sauvagement. Il ne s’expliquait pas encore non plus pourquoi ils l’avaient laissé en vie, alors qu’il aurait si simple pour eux de l’abattre, tout simplement. Il avait repris connaissance une première fois dans un minivan, puis un coup de poing particulièrement violent l’avait fait replongé dans l’inconscience.

Il observa la pièce sombre et froide où ils l’avaient enfermé. Cela ressemblait à une cave, et il entendait régulièrement un bruit qui ressemblait au passage du métro. Il devait être en ville. Un bon point.

Il était gelé. Sa respiration faisait apparaître des petits nuages de condensation. Il fit le point sur les blessures dont il paraissait souffrir. A la douleur qui émanait de ses côtes lorsqu’il respirait un peu profondément, il se douta qu’il avait plusieurs côtes cassées. Ca faisait un mal de chien. Surtout qu’il commençait à tousser depuis quelques heures. Il ne manquerait plus qu’il ait attrapé la grippe...

Il toucha son front avec délicatesse en se penchant un peu vers ses mains attachées l’une contre l’autre et grimaça en sentant la croûte qui s’était formée à la racine de son sourcil droit. Il s’était réveillé avec une douleur lancinante qui pulsait à ses oreilles. Une contusion cérébrale. Il savait reconnaître les signes, il était déjà passé par là plusieurs fois.

Bon, jusque là, rien de très grave. L’ensemble de son corps était douloureux mais lorsqu’il ne bougeait pas trop, c’était supportable. Son estomac était désespérément vide et il avait terriblement soif.
Une quinte de toux le plongea dans les affres de la douleur. Une nausée monta, insidieuse et il vomit un liquide amer sur le sol froid de la cave.

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Assis devant une table basse dans le squat qui leur servait momentanément de refuge, les deux hommes discutaient âprement du sort qu’ils allaient réserver à leur prisonnier. Le plus jeune, un garçon à la tignasse blonde, maigre, n’avait qu’une envie : descendre dans la cave et buter ce FED qui avait failli les démasquer. Le plus âgé, la petite trentaine, brun et le teint olivâtre, tenta d’imposer son point de vue.

- Bon dieu de merde, Josh, tu ne vois pas ce qu’il peut nous apporter, ce mec ? C’est une mine de renseignements. Si on arrive à le faire coopérer, on pourra accéder à tous les dépôts de drogue de la ville. C’est un FED, mec, il a accès à tout un tas d’endroits !

- Le faire coopérer ? Dan, t’es malade ou quoi ? C’est un flic, il ne coopérera jamais avec nous.

- Ouaih, pas dans son état normal, mais après une belle petite dose de notre merveilleuse drogue, il ne pourra plus nous refuser grand chose... Qu’est ce que tu penses de mon idée, Josh ?

- Pas mal. On peut essayer.

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Mulder entendit des pas dans l’escalier et la porte s’ouvrit sur deux de ses tortionnaires. C’était la première fois qu’il les voyait distinctement. Ils étaient jeunes et maigres, sans doute des junkies. Il cligna des yeux quand le plus jeune braqua une lampe sur lui.

Il tenta de leur faire entendre raison.

- Eh mecs, vous faites là une grosse bêtise. Vous aurez très bientôt l’ensemble des polices de Chicago à vos trousses.

- Ta gueule, comment tu t’appelles déjà ? Mulder c’est ça ? Ca sort d’où, ce nom là ? T’es juif ?

Mulder ne répondit pas mais découvrit soudain ce que le plus âgé des deux hommes tenait dans sa main. Une seringue, un garrot; des menottes. Une pensée terrifiante lui traversa l’esprit.

- Eh mec, réponds quand j’te parle ok ?

Il lui assena un violent coup de pied dans l’abdomen et Mulder se recroquevilla sous la douleur, le souffle coupé.

Ils s’approchèrent de lui et rapidement lui détachèrent les poignets puis tout aussi rapidement, avant qu’il ait le temps de se débattre, ils lui arrachèrent le blouson de cuir qui le protégeait un peu du froid, lui attachèrent les poignets à un vieux poêle en fonte avec les menottes et Mulder sentit avec horreur qu’ils lui posaient le garrot à la racine du bras. Il hurla de terreur, tenta de se débattre, reçut un coup de poing dans la mâchoire qui le fit presque tourner de l’oeil et sentit sa chair transpercée par l’aiguille. Le produit translucide s’écoula rapidement dans la seringue et Mulder sentit une décharge lui traverser le corps. Il vit avec effarement une tache de sang se former à l’endroit où ils lui avaient injecté la drogue puis son esprit s’embruma et il perdit la notion de la réalité.

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Les deux hommes avaient regardé Mulder pendant son trip. Ils le virent se tordre par terre, vomir sur lui, puis il passa par une phase d’agitation extrême où il paraissait halluciner. Ils l’entendirent crier des mots sans suite, hurler de terreur puis il se mit à trembler pendant de plusieurs heures, accroupi dans un coin de la cave, pitoyable.

Plusieurs heures après l’injection, ils lui apportèrent à manger et à boire, puis le laissèrent dormir un peu. Il était resté silencieux, le regard éteint. Il prenait juste conscience de ce qu’il venait de subir. L’expérience avait terrifiante. Il avait revécu la disparition de Samantha dans un délire de sons et de couleurs, avait ressenti la peur de sa jeune soeur, puis le néant. Il se redressa un peu, tentant de mesurer les possibilités qu’il avait de sortir d’ici. Elles étaient pratiquement nulles. Et il savait que la drogue qu’il avait reçu allait bientôt lui faire ressentir l’effet de manque. Il avait lu les rapports. Il savait que son besoin d’une nouvelle injection allait survenir d’ici peu. Il rassembla ses pensées et tenta de se concentrer sur autre chose. Des choses agréables. Scully. Les regards qu’ils échangeaient. Leurs conversations. Il fallait qu’il pense à autre chose. Autre chose. Autre chose.

La douleur arriva quelques heures plus tard. Pendant qu’il était sous influence, il n’avait plus mal. Il se mit à trembler et à suer, puis pleura de honte et de peur. Il ne voulait pas qu’ils le droguent à nouveau. Mais il savait parfaitement qu’il ne serait pas en mesure d’affronter la douleur du manque très longtemps.

Dans un soulagement teinté de peur, il vit les deux hommes arrivés, souriants, avec leur matériel. Il tendit presque le bras pour recevoir l’injection.

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- Tu vas nous conduire au dépôt des stupéfiants, c’est compris.

Mulder reçut la phrase comme dans un mauvais rêve. Il avait perdu le sens du temps et de la réalité. Son corps était douloureux et des crampes lui broyaient les muscles. Il était sale et sentait mauvais. Son tee shirt était souillé par des vomissures. Il regarda ses avants bras et vit les nombreuses traces de piqûres. Il en comptait au moins six. Il était incapable de se focaliser longtemps sur une pensée. Quelque part en lui il savait qu’il ne devait pas obéir à ces hommes. Mais il savait aussi qu’ils lui fournissaient ce dont son corps avait besoin maintenant, sous peine de mourir des effets du manque. Une lueur de lucidité le traversa. S’il sortait de cette maudite cave pour les conduire au dépôt, il aurait peut être une chance de se faire repérer. Il fallait qu’il sorte de là.

La réponse n’arriva pas assez vite au goût de Josh, qui le frappa violemment dans le flanc droit. Il se redressa le souffle coupé, et tenta de se lever. Ses jambes le portaient à peine. Il était fièvreux et une nausée monta à ses lèvres. Les deux hommes le poussèrent vers l’escalier et il cligna des yeux sous la lumière crue de la pièce. En passant dans le couloir, il croisa son image dans un miroir crasseux. Il ne reconnut pas l’homme qu’il était devenu.

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Skinner réveilla Scully au petit matin. Elle dormait depuis presque une semaine dans les bureaux du FBI à Chicago, dans une petite pièce qu’on avait mis à sa disposition. Elle se frotta les yeux, hébétée par le manque de sommeil. Six jours. Six jours que Mulder avait disparu. Elle avait entendu une rumeur hier soir. Ils voulaient arrêter les recherches. Elle s’était battue au côté de Skinner pour leur faire entendre raison. Il fallait continuer. Il fallait le trouver. Aucune de leurs pistes n’avait aboutie.
Tous les indics étaient mobilisés mais rien. Aucune trace de son partenaire.

Skinner la conduisit à un moniteur vidéo et enclencha une cassette. Scully retint son souffle et scruta l’écran nuageux.

- Il y a eu un cambriolage cette nuit au dépôt des stupéfiants. Trois hommes se sont introduits. Regardez, Scully. Regardez bien.

Scully fixa l’écran et retint son souffle. Cette silhouette longiligne, cette démarche... ce geste familier qu’il faisait quand il était anxieux ou préoccupé...

- C’est Mulder.

Skinner hôcha la tête en confirmant à la jeune femme.

- Nous avons trouvé des empreintes. C’est bien lui.

Scully mit la séquence vidéo à son point de départ et observa plus précisément les images. Mulder paraissait ne pas être dans son état normal. Sa démarche était hésitante et son attitude curieuse. Il paraissait désorienté. Scully fit un zoom sur le visage de son partenaire. Son regard était totalement vide.

- Ils l’ont drogué. Monsieur, je suis sûre qu’ils l’ont drogué. Il n’aurait accepté de les conduire s’il avait été dans son état normal.

- Je suis d’accord avec vous, Scully. Il faut faire vite.

Skinner n’ajouta pas la pensée qui le souciait depuis qu’il avait vu la vidéo. Mulder risquait gros dans ce coup là. Il serait accusé d’avoir participer à un cambriolage. Il risquait sa carrière.

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Scully avait revêti le gilet pare-balle et se tenait prête à intervenir. Ils avaient enfin fini par localiser la planque des trafiquants, après presque 48 heures de traque. Les hommes de tête fracassèrent la porte et lancèrent les bombes lacrymogènes dans la pièce sombre puis entrèrent rapidement, munis de masque. Ils se dispersèrent dans le squatt pour repérer la présence des trois hommes. Scully entra à son tour avec plusieurs autres officiers fédéraux puis entendit soudain plusieurs coups de feu. Elle se précipita dans la pièce et vit soudain Mulder, un fusil à la main et un policier qui le tenait en joue. Elle s’interposa entre eux deux pour éviter que l’un ou l’autre ne tire. Elle retira rapidement son masque malgré la fumée pour qu’il puisse l’identifier. Elle le reconnaissait à peine sous son masque de crasse et d’épuisement.

- C’est moi, Mulder. Baisse ton arme.

Elle observa ses pupilles totalement dilatées, il la fixa d’un air vide pendant quelques instants puis finit par baisser son arme.

- Fais moi confiance, Mulder. Donne moi ton arme.

Il eut un moment d’hésitation, puis laissa tomber son fusil à ses pieds. Sa respiration était rapide et irrégulière.

Les policiers furent sur lui en un instant, écartèrent Scully et le plaquèrent au sol sans ménagement. On lui passa les menottes. Elle le vit se débattre violemment puis il se mit à hurler son nom. L’équipe d’intervention l’emmena rapidement dehors ainsi que les deux autres hommes puis les enferma dans le camion qui attendait à l’extérieur.

Scully sentit une main se poser sur son épaule. Skinner la réconforta d’une voix triste.

- Vous savez qu’on a pas le choix, Scully. Il faut suivre la procédure.

- Il n’est pas dans son état normal, Monsieur. Vous le savez aussi bien que moi. Vous l’avez vu. Il faut que...

L’émotion étrangla soudain sa voix. Elle se détourna de son supérieur pour qu’il ne voit pas les larmes qui coulaient soudain de ses yeux.

- Je vais tout faire pour qu’il soit traité correctement, Scully. Mais il faut s’attendre à ce qu’il soit mis en détention.

- Il a besoin de soins, Monsieur. Je vous en prie.

- Venez Scully.

Skinner rejoignit sa voiture et entraîna la jeune femme à sa suite. Ils suivirent le fourgon qui s’éloignait.

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Une semaine plus tard.

Scully s’éveilla en sursaut et faillit tomber du siège où elle s’était assoupie. Elle avait désespérement besoin de sommeil. Elle se frotta les yeux et son attention se focalisa sur celui qui reposait dans le lit d’hôpital. Elle jeta un oeil rapide sur les moniteurs qui entouraient le lit. Les signaux étaient pratiquement normaux. Elle réprima l’émotion qui la saisit en regardant le visage de Mulder. Il était terriblement pale, des mêches brunes étaient collées sur son front couvert de sueur. Elle posa une compresse fraiche sur son visage. Il paraissait calme, sa respiration était lente et régulière. Elle ferma les yeux et revécut les jours précédents, comme à chaque fois qu’elle fermait les yeux.

Mulder avait mis en prison dès son arrivée au poste de police. Il était sous influence et s’était laissé faire, totalement plongé dans son trip. Quelques heures plus tard s’étaient manifestés les syndromes du manque. Devant l’obstination du Directeur Adjoint, on l’avait transféré dans une unité spécialisée pour tenter de le sevrer. Les médecins ne disposaient pas beaucoup d’informations sur cette nouvelle drogue qui avait transformé Mulder en une sorte de zombie. Ils connaissaient mal les effets et étaient incapables de parer aux effets du manque.

Pendant trois jours, Mulder avait été placé dans une cellule capitonnée pour éviter qu’il ne se blesse ou qu’il s’automutile. Simplement vêtu d’une chemise d’hôpital, Scully l’avait vu, impuissante, hurler et se tordre par terre, vomir et trembler, se rouler par terre en position foetale pour tenter d’oublier la douleur qui le terrassait. Il refusait de manger, il dormait par intermittence et se réveillait en hurlant de terreur. Puis l’épuisement l’avait vaincu et les médecins avaient pensé qu’il avait fini son sevrage. Lorsqu’ils avaient voulu le sortir de sa cellule, ils avaient constaté que son coeur battait faiblement et qu’il était en proie à une forte fièvre. Il avait été alors transporté dans une unité médicalisée où plusieurs examens avaient été fait. Il souffrait de plusieurs infections, rénales et respiratoires, causées par les doses importantes de drogue.

Il avait été placé sous dialyse et on lui avait administré de fortes doses d’antibiotiques. Il était tombé dans un coma léger pendant quelques heures, puis ses constantes étaient finalement revenues à la normale deux jours plus tard.

Scully ouvrit ses paupières et ses yeux se posèrent à nouveau sur Mulder. Il était si maigre... Elle ne l’avait pas vu ainsi depuis qu’il avait été traité pour le rétrovirus qui l’avait infecté quelques années plus tôt. Elle caressa doucement sa joue. Il n’avait pas été en mesure de lui parler, épuisé par les épreuves subies depuis son enlèvement. Leurs regards s’étaient croisés pour la première fois hier, mais il avait été incapable de prononcer la moindre parole.

Scully examina ses avants bras meurtris par les nombreuses injections. L’infection s’était installée à plusieurs endroits et elle priait pour qu’il n’ait pas été contaminé par le sida ou l’hépatite B. Les tests pratiqués n’étaient pas encore revenus.

Les trafiquants avaient avoué leurs méfaits et Mulder avait blanchi. Les faits des quinze derniers jours ne seraient pas inscrits dans son dossier. Cela aurait pu briser sa carrière et Scully frémit à cette idée. Reste à savoir dans quel état psychique il allait sortir de ce cauchemar. Elle connaissait sa sensibilité, son aptitude à intérioriser les événements traumatiques qui survenaient dans sa vie, son incapacité à communiquer ses émotions. Il fallait qu’elle le convainque d’en parler, pour exorciser sa peur.

Elle vit soudain les paupières de Mulder frémirent pour s’entrouvrire légèrement. Ses prunelles d’ordinaire si expressives étaient délavées par la fatigue, mais elle y lut une lucidité nouvelle.

Il passa sa langue sur ses lèvres sèches et elle comprit immédiatement sa demande silencieuse. Elle approcha un verre d’eau fraiche et lui glissa la paille entre les lèvres. Il aspira avec difficulté quelques gorgées d’eau puis ferma les yeux.

- Merci, Scully. Sa voix était éraillée et sourde mais le ton était celui du Mulder qu’elle connaissait.

- Comment te sens-tu ?

Il haussa les sourcils et sur ses lèvres se dessina un infime sourire.

- Mieux que j’aurais pu imaginer. J’ai du mal à respirer.

- Oui, tu as encore un petit épanchement pleural. Mais c’est en voie de guérison. Mulder leva ses avants bras et serra les mâchoires en voyant les traces de piqûres.

- Tout ça n’était donc pas une hallucination... Mon dieu... Qu’est ce qu’ils m’ont fait... Ils m’ont transformé en épave, ils m’ont...

Des larmes s’étaient formées dans ses yeux clairs et il cacha son visage dans ses mains.

Scully lui prit la main doucement et l’obligea à la regarder.

- Mulder... Tu n’as rien à te reprocher... Si ce n’est ton incroyable, impensable stupidité d’avoir voulu vérifier ton intuition cette nuit là... Tu n’aurais jamais dû faire cela tout seul, Mulder. Tu aurais pu y rester. Ils t’ont drogué, contre ton gré, Mulder. Tu n’as jamais été consentant.

Mulder ferma les yeux et tenta de repenser aux premiers jours de sa captivité. Les deux premières injections avaient été faites de force, mais il avait réclamé les suivantes. Il les avait réclamé, parce qu’il ne pouvait pas supporter de souffrir ainsi. Il garda cette pensée au plus profond de lui même.

Une infirmière entra et tendit un dossier à Scully.

- Ce sont les résultats des tests, Mademoiselle.

Elle sortit aussitôt.

- Les tests ? Quels tests, Scully ?

Elle baissa la tête et ne répondit pas immédiatement. Ses mains tremblaient sur la feuille cartonnée. Elle n’osait pas ouvrir le dossier. Elle prit une inspiration profonde puis lui répondit.

- HIV et hépatite B, Mulder. Il y a un risque de contamination.

Elle ouvrit lentement le dossier et les battements de son coeur s’accélérèrent.

- Scully ?

Elle soupira et leva la tête vers lui.

- C’est négatif, Mulder. Oh mon Dieu merci.

Mulder dégluttit avec difficulté et prit la main de Scully.

- Pardonne moi, Scully... Je m’en veux tellement.

Elle prit sa main et la porta à ses lèvres.

- Tu es tout pardonné. Maintenant tu vas reprendre des forces pour sortir rapidement de cet hôpital. Je crois que je ne pourrais jamais plus revenir à Chicago.

Ils se sourirent d’un air grave.

FIN




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