La vie est un destin


TITRE La vie est un destin
AUTEUR Valérie Charlot

EMAIL valeriec2@wanadoo.fr

AVERTISSMENTS (G, PG, PG13, R, NC17) G

CATEGORIE : MulderAngst

SPOILERS : aucun

RESUME Mulder est atteint d’une maladie incurable.

DISCLAIMER Mulder et Scully ne m’appartiennent pas. Ils sont tout à Chris Carter et à la Fox.

FEEDBACKS : merci d’avance...

La vie est un destin.

1ère partie

Scully entra dans la chambre d’hôpital de Mulder et sourit à la vision qui s’offrait à elle. Il dormait sur le côté, son derrière vers la porte. La chemise d’hôpital était remontée sur son dos, et la couverture était descendue sur les chevilles. La totale.

Scully s’approcha du lit et très doucement redescendit la chemise d’hôpital et remonta la couverture. Il dormait profondément. Il avait eu une biopsie de moelle osseuse ce matin et il devait souffrir. L’aile iliaque où le prélèvement avait été effectué était meurtrie, mais pas gonflée. Elle se demanda si on lui avait donné quelque chose contre la douleur.

Après l’avoir couvert correctement, elle s’assit et le regarda dormir. Elle avait désespérément besoin de sommeil elle aussi. Depuis quelques jours elle ne dormait plus, inquiète pour lui. Et au boulot elle était submergée de travail.

Skinner avait insisté pour savoir ce qui se passait avec Mulder cette fois ci, pourquoi il avait été une fois encore admis à l’hôpital, mais elle ne savait pas quoi lui répondre. Elle n’était pas sûre de l’état exact de Mulder.

- Oh, Mulder... Qu’est ce qu’on va faire de toi ?, dit-elle doucement.

Il grogna et se réveilla doucement.

Scully sourit, un peu embêtée. Elle ne voulait pas le réveiller. Mulder se tourna très légèrement, s’allongeant sur le dos. Il la vit et lui sourit.

- Salut, dit-elle.

Mulder se frotta les yeux. Il avait de grands cernes noirs autour de ses yeux et il était très pale. Il soupira profondément. Elle sut immédiatement que les nouvelles n’étaient pas bonnes.

Au bout de quelques instants, il se décida à parler.

- Leucémie myéloblastique aiguë.

Il détachait chaque syllabe et Scully pouvait sentir une certaine amertume dans sa voix.

- C’est confirmé ? demanda t’elle .Ils en sont sûr ?

Mulder ne lui répondit pas. Il reporta son regard vers le mur, absent.

- Ils sont absolument certain du diagnostic ?, demanda t’elle à nouveau.

Cette fois ci il répondit avec de la dérision dans la voix.

- Ils ont plutôt intérêt à avoir raison. J’ai eu deux ponctions de moelle. Je n’ai pas du tout envie qu’ils recommencent. Ca fait un mal de chien.

Scully le regarda en silence et il frotta ses avants bras meurtris. Il avait eu tant de prises de sang qu’elle était sûre que chaque veine avait été ponctionnée.

Mulder s’était blessé cinq jours plus tôt. Ce n’était pas une grave blessure, il était simplement tombé d’une échelle. Il s’était ouvert légèrement le bras et éraflé le front. Il avait été embarrassé que Scully soit témoin de sa chute, mais ce n’était rien.

Cela tourna au drame rapidement. Petite coupure, mais qui se mit à saigner abondamment dans la voiture. Le temps d’aller à l’hôpital et la manche de sa chemise était littéralement couverte de sang et il était prêt de s’évanouir.

Les médecins firent les prises de sang habituelles, et on lui trouva une anémie sévère, une thrombopénie, qui expliqua que la blessure s’était mis à saigner si fort et un nombre trop élevé de globules blancs.

On pensa immédiatement à une sorte de leucémie. Mais elle ne voulait pas croire ça. Mulder étant Mulder, il pouvait avoir une infection rare, ou quelqu’un l’avait piqué avec une seringue hypodermique alors qu’elle avait le dos tourné. On ne pouvait jamais être sûr avec Mulder.

Mais une leucémie... Non, non, pas Mulder. Mulder n’était pas un candidat pour une maladie incurable. Mulder avait des accidents. Ou il était infecté par un virus alien. Où il était abattu par un alien. Ou bouffé par des insectes carnivores. N’importe quoi d’autre. Mais pas une leucémie...

- Dr Bryant veut commencer la chimiothérapie la semaine prochaine, dit il, rompant le silence. Dr Bryan était un des deux hématologistes qui s’était occupé de lui.

- Le plus vite sera le mieux, dit elle.

Mulder continuait de regarder le mur.

- Tu peux être traité en ambulatoire, ajouta t’elle. Et il y a des médicaments qui empêchent les nausées. Tu peux continuer à avoir une vie presque normale.

- Génial.

Il répondit avec son sarcasme habituel.

Naturellement, Mulder savait ces choses. Il s’était renseigné dès l’instant où un interne l’avait informé sans cérémonie qu’il était atteint de cette sorte de leucémie. Scully jeta un oeil sur la pile de documents qui s’accumulaient sur la table de chevet. Tous portaient sur la leucémie. Il en connaissait maintenant autant qu’elle.

Elle détourna son regard vers la fenêtre et tentant de masquer son inquiétude. La leucémie dont souffrait Mulder était la plus difficile à traiter. Le taux de rémission était extrêmement bas, de l’ordre de 20 % seulement. Les chiffres des constantes biologiques de Mulder lui revinrent en mémoire. Des chiffres très inquiétants, qui témoignaient que la maladie devait être installée depuis un bon moment. Elle soupira profondément. Comment avait-elle pu être aussi naïve ?

Depuis des mois, Mulder était fatigué, très fatigué. Bien sûr, il ne se plaignait pas ou peu, mais elle l’avait vu plusieurs fois s’assoupir sur son bureau, devant ses dossiers ouverts. Elle avait mis ça sur le compte du stress extrême auquel ils étaient soumis depuis des années.

Elle se souvenait aussi des quelques fois où il lui avait montré ses bras couverts de petits hématomes. Il lui avait posé la question de savoir ce que s’était et elle lui avait répondu qu’il avait du encore avoir un cauchemar agité et qu’il avait dû se battre avec le mur. Et ses gencives qui saignaient... Comment de fois s’était elle moqué de lui en lui rétorquant qu’il se brossait trop fort les dents !

Son regard se reporta sur lui. Dans ce lit blanc, sous la lumière crue, il paraissait pale et creux. Il avait perdu du poids. Beaucoup de poids. Elle n’avait rien vu.

Les yeux de Mulder se portèrent sur elle et elle sentit son angoisse et sa peur.

- J’ai un véritable problème...

Sa voix était rauque en prononçant ces derniers mots.

Elle se rapprocha de lui et pris sa main.

- Nous le résoudrons ensemble. Comme nous l’avons toujours fait.

***************

La première séance de chimio eut lieu trois jours plus tard. Il resta trois heures dans le service d’hématologie, une aiguille énorme plantée dans le pli du coude, puis Scully vint le chercher pour le conduire chez lui. Le médecin lui avait expliqué ce qui l’attendait et il s’allongea dans son lit, angoissé par les heures à venir. Certains patients supportaient mieux que d’autre l’agressive thérapie. Mais manifestement Mulder n’était pas de ceux là.

Sa réaction fut violente. Violente et douloureuse. Deux heures après être rentré chez lui, il se mit à vomir sans discontinuer pendant des heures. Scully resta près de lui toute la nuit, se soutenant alors qu’il se pliait en deux, effrayée par la violence de ses malaises. Il finit par s’endormir, épuisé, au milieu de la nuit.

Il était prévu qu’il subisse deux séances de traitement par semaine. Scully soupira en pensant aux jours à venir.

*************

Mulder regarda sa montre une fois de plus. Scully lui avait promis de venir le voir ce soir. Il lui avait dit qu’il avait rendez vous à l’hôpital. Mais il avait préféré s’y rendre seul. Mais maintenant, il avait hâte d’en parler avec elle.

Il avait mal supporté le traitement. Les trois mois de chimiothérapie avaient été un véritable cauchemar. Vomissements, perte de poids, perte des cheveux, rien ne lui avait été épargné. Il jeta un coup d’oeil rapide dans le miroir. Il se reconnaissait à peine. Sa casquette sur la tête, il paraissait dix ans de plus. Au tout début, il pensait qu’il arriverait à supporter tout ça. Mais aujourd’hui, il était épuisé.

Il sortit de la salle de bains et s’assit lourdement dans le canapé. La douleur était forte, malgré la prise régulière d’antalgiques. Depuis qu’il était malade, il avait revu la notion de douleur. Elle ne le quittait plus, insidieuse, obsédante. Les moments de répit étaient brefs, et les antalgiques à forte dose lui provoquaient, entre autres désagréments, une certaine lenteur d’esprit qui le désespérait. Mais de toute façon, peu lui importait maintenant. Il ne travaillait plus que quelques heures dans la journée, assis devant son ordinateur, une occupation qui lui permettait simplement de ne pas sombrer dans le désespoir.

Les premières semaines après le début de traitement avaient été très particulières. Les collègues qui pendant des années le tournaient en dérision étaient devenus subitement attentifs et plein de compassion. Il détestait cette attitude. Skinner par contre avait été exemplaire, soucieux sans commisération. Il lui avait arrangé un emploi du temps plus souple, afin qu’il puisse suivre ses séances de chimiothérapie. Lors de ses fréquents séjours à l’hôpital, il était toujours présent dès les premières heures. Car le moindre problème infectieux se finissait à l’hôpital désormais. Il avait tout attrapé : la grippe, une pneumonie... Rien ne lui était épargné. Son système immunitaire très affaibli ne lui permettait plus de combattre les infections.

Au fils des semaines, son attitude face à la maladie avait évolué. Au début, il ne ressentait que colère et une immense amertume. Puis était venu le temps de l’acceptation, et depuis aujourd’hui il était serein. Il était sorti de l’hôpital en voyant les choses différement. Il avait regardé le parc qui entourait le batiment, les personnes qu’il croisait d’un autre regard.

Il interrompit sa rêverie en entendant la clé dans la serrure. Scully entra et lui sourit. Il essaya de répondre à son sourire, mais lorsqu’elle s’assit près de lui après avoir ôté son manteau, il ne put empécher la tristesse d’envahir son visage. Il avait mal pour elle d’avoir à lui annoncer.

- Alors ?

La jeune femme retint sa respiration.

- Je passe prioritaire sur la liste des greffes de moelle.

Scully respira profondément avant de pouvoir prononcer la moindre parole mais Mulder reprit :

- Le traitement est un échec. Complet. Aucune rémission. Mes dernières analyses sont catastrophiques.

- Oh Mulder...

Des larmes envahirent brutalement les yeux clairs de la jeune femme. Elle ouvrit ses bras et ils s’enlacèrent tendrement.

- Mes chances sont pratiquement nulles, Scully. Les probabilités de trouver un donneur compatible dans un délai relativement bref sont proches de zéro. Bryant a été assez clair là dessus. Il faut se préparer...

- Non Mulder... Ne renonce pas... Il faut que tu te battes encore...

- Je n’ai plus la force de me battre, Scully. Je vais vivre au jour le jour, en espérant un miracle... Mais je ne crois pas au miracle... J’espère simplement ne pas trop souffrir... Enfin pas plus. Bryant m’a parlé d’un traitement à base de morphine qui pourrait me soulager. On doit faire le point là dessus dans une semaine. Ne pleure pas, Scully... Tu savais bien que ça arriverait un jour ou l’autre.

- Je ne peux pas croire qu’il n’y a rien à faire...

- Il n’y a rien à faire de plus que d’attendre, Scully. Si on trouve un donneur compatible...

Il ne peut pas aller plus loin. Ses propres yeux s’embuèrent et des larmes roulèrent sur ses joues creuses. Samantha... Si Samantha était là, elle aurait sans doute été compatible... Il se reprit et sourit à Scully à travers ses larmes.

- Allez viens, Scully. Je te sors.

Il se leva avec difficulté et lui tendit les mains. Elle prit les siennes et se leva à son tour, puis il lui posa son manteau sur les épaules et prit sa veste. En fermant la porte de son appartement, il se retourna vers elle en souriant :

- Par contre c’est toi qui va conduire !

Elle ravala ses larmes et ils se dirigèrent vers l’ascenseur la main dans la main.

*************

Maggie Scully était assise dans le fauteuil de lui. Elle était là depuis des heures, attentive et douce, répondant à ses désirs, lui glissant un morceau de glaçon entre les lèvres lorsqu’il avait soif, baignant délicatement son front lorsque la fièvre atteignait des sommets, lui murmurant des paroles apaisantes afin d’essayer de chasser la douleur qui le terrassait. Elle ne le quittait pas des yeux, il sentait la tendresse qui irradiait de son être. Il ferma les yeux, épuisé. Trois jours déjà qu’il était dans cet état misérable. Scully l’avait trouvé chez lui inconscient dans la chambre, déshydraté et en proie à une forte fièvre. Il avait repris connaissance dans le service des soins intentifs, plusieurs heures plus tard, intubé et perfusé. Le médecin lui avait expliqué qu’il avait eu une sorte d’attaque cérébrale. Dès l’instant où on lui avait retiré le tube dans sa gorge, il avait réalisé que les mots lui venaient difficilement et qu’il avait du mal à coordonner ses mouvements. Il n’avait de toute façon plus aucune force.

- Maggie ?

- Oui, mon garçon. Je suis là.

- Où est Dana ?

- Elle est partie prendre un café... Elle sera là très bientôt.

Maggie lui caressa le front d’un geste tendre et sourit en sentant sous ses doigts les cheveux doux qui repoussaient doucement, deux mois après l’arrêt de la dernière chimio. Il paraissait très jeune ainsi, fragile et vulnérable. Elle souffrait de le voir ainsi, elle souffrait pour sa fille, elle souffrait pour ces deux êtres unis par une telle tendresse, un tel amour... Même si cet amour ne s’exprimait pas...

Mulder murmura des paroles que Maggie entendit à peine, tant sa voix était faible.

- Je veux rentrer à la maison...

*************

Le soleil de décembre l’obligea à fermer les yeux et Scully crut qu’il s’était endormi. Ils roulaient depuis une heure et Mulder n’avait pas prononcé d’autre parole qu’un mot de remerciement. Remerciement de l’avoir enfin sorti de l’hôpital... Elle avait hâte d’arriver pour qu’il puisse s’allonger et se reposer plus confortablement.
La maison fut bientôt en vue et elle descendit rapidement de la voiture, s’avançant à la rencontre de sa mère.

- Maman...

Les deux femmes s’enlacèrent tendrement.

- As tu pensé au fauteuil , Maman ?. Je crains qu’il n’ait pas la force de marcher jusqu’au perron.

- J’ai beaucoup mieux.

Dana sourit en voyant s’avancer Walter, un sourire aux lèvres. Il lui déposa un baiser rapide sur la joue et prit la main de Maggie.

- J’ai finalement pu prendre ces congés, Dana. J’espère que ça ne vous dérange pas ?

- Non, Walter. Je pense que nous ne serons pas trop de trois pour s’occuper de lui.

- Comment va t’il ?

Dana soupira tristement.

- Il est épuisé, mais la morphine en I.V semble réellement le soulager.

Walter s’approcha de la voiture et ouvrit la portière. Mulder ouvrit les yeux et sourit en le voyant ainsi vêtu, jean et pull de laine, si différent du Skinner habituel.

- Bienvenue, Fox.

Il se pencha pour l’aider à sortir de la voiture. Mulder se mit lentement debout et commença à faire quelques pas lents dans l’allée. Maggie et Dana marchaient devant eux, tendrement enlacées. Skinner sentit soudain la démarche de son compagnon se ralentir et se tourna vers lui. Il vit la détresse dans son regard et très doucement le prit dans ses bras pour parcourir les derniers mètres qui le séparaient de la porte d’entrée. Son coeur se serra en soulevant le jeune homme. Il était si léger que l’effort ne fut pas considérable. Les deux femmes retinrent leurs larmes.

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Ils étaient installés dans la cuisine et finissaient le repas en silence. Leurs pensées se tournaient naturellement vers celui qui reposait tranquillement dans la chambre aux volets clos.

Les médecins avaient accepté sa sortie après qu’il ait signé une décharge. Il n’y avait plus rien à faire de plus maintenant que d’attendre un hypothétique donneur. Mulder n’avait plus de fièvre, il était simplement épuisé, à bout de forces. Les dernières analyses étaient mauvaises et le moindre mouvement lui demandait un effort considérable. La douleur était diminuée depuis qu’on lui avait prescrit de la morphine, et il se rendait compte avec tristesse qu’il en avait un besoin croissant.

Il se savait condamné à court terme. C’est pourquoi il avait demandé à rentrer chez lui. Il tenait à passer ses derniers jours entouré de personnes à qui il tenait. Maggie s’était naturellement proposée pour l’héberger, douce Maggie. Elle était pour lui l’incarnation même de la tendresse maternelle, qu’il n’avait jamais connu.

Le fait de voir Walter Skinner dans cette maison ne l’avait pas surpris outre mesure. Maggie et Walter s’étaient rencontrés si souvent au chevet de Dana et au sien qu’ils s’étaient progressivement rapprochés l’un de l’autre et une douce romance était née entre eux. Dana l’en avait informé il y a quelques semaines. Il était heureux pour eux.

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Allongé sur le canapé, le corps recouvert d’une couverture légère, les yeux mi-clos, il savourait ce moment de tendresse et de douceur. Les murmures de la conversation lui parvenaient à travers le voile de torpeur que la morphine lui procurait. Il se sentait bien, presque détaché de son corps épuisé.

Ils étaient tous là autour de lui, l’entourant d’affection, lui procurant un bien-être qu’il ne se souvenait pas avoir jamais connu. Quelques souvenirs lui revenaient pourtant, fugitifs, presque irréels, et il revoyait sa joie et celle de sa soeur devant le sapin, lors de leur dernier Noël.

Le feu se mourrait dans la cheminée. Maggie et Walter s’étaient éclipsés pour assister à la messe de minuit et seule Scully était restée près de lui, tenant sa main dans un demi-sommeil. Il se leva doucement et prit la veste chaude accrochée au porte manteau, s’emmitouffla le cou avec une écharpe et se dirigea vers la porte. L’air glacial balaya en un instant sa fatigue. Il respira profondément, savourant une sensation d’air pur qu’il n’avait pas ressenti depuis des mois, cantonné chez lui ou dans les murs tristes de l’hôpital. Il fit quelques pas dans l’allée et ses yeux se portèrent vers le ciel étoilé. La nuit était magnifique. La voie lactée s’étalait dans le ciel pur comme un voile fantastique. Il ferma les yeux, une sensation de vertige l’envahit soudain mais il se força à rester debout. Il voulait profiter de cette nuit magique.

Scully le rejoignit quelques minutes plus tard, un peu inquiète de le voir ainsi exposé à l’air froid. Elle se blottit contre lui et sentit qu’il frissonnait.

- Tu as froid, Mulder. Tu devrais rentrer.

- Je suis bien, Scully.

Il lui adressa un merveilleux sourire. Toute trace de souffrance avait disparu de son visage. Ses yeux noisettes brillaient d’une joie simple et communicative.
Scully lui sourit en retour, et il la prit dans ses bras.

- Regarde ces étoiles, Scully. N’est ce pas merveilleux ?

Elle leva son regard bleu vers le ciel.

- Oui, mais tu es fou de rester dehors d’un froid pareil.

- Je vais tomber malade, c’est ça ?.... Il y a si longtemps, Scully.... Je veux en profiter.

Elle le regarda, émue aux larmes par son visage baigné par la lune, empreint d’une sagesse et d’une sérénité qui la bouleversa. Son partenaire.... son tendre partenaire... Elle sut qu’elle n’oublierait jamais cette nuit.

Ils restèrent longtemps ainsi, l’un contre l’autre, heureux d’être ensemble, unis par cette amitié indescriptible, teintée de tendresse amoureuse et de confiance.
Lorsque la neige se mit à tomber, leurs rires éclatèrent dans la nuit sombre, répondant aux cloches qui fêtaient Noël.

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La vie est un destin (2ème partie).

Les doigts de Scully tapaient nerveusement sur la vitre de la chambre d’hôpital où Mulder reposait. Il avait à nouveau été hospitalisé trois jours après Noël, victime d’une infection pulmonaire qui l’avait terrassé en quelques heures. Elle savait qu’il n’y avait plus rien à faire, elle savait aussi qu’elle devrait se résoudre à s’opposer à tout geste si son coeur venait à s’arrêter. C’était sa volonté, il ne voulait pas être réanimé.

Elle se tourna vers lui, les yeux baignés de larmes, étouffant un sanglot de rage et de désespoir. Etendu sur le lit blanc, le corps recouvert d’électrodes et de capteurs, il luttait encore, malgré la souffrance, malgré la fatigue extrême. Elle caressa sa main amaigrie et sentit qu’il répondait à son geste. Le tube qui l’aidait à respirer l’empéchait de parler mais ses yeux l’imploraient.

- Je suis là, Mulder. Je suis là... Je te quitterais pas...

Elle essuya rageusement les larmes qui coulaient sur ses joues et tenta de trouver les mots d’apaisement qu’il attendait. Mais que lui dire ? Lui dire qu’il allait mourir, qu’il allait s’éteindre telle une flamme privée d’oxygène ? Que pouvait-elle lui dire de plus que ce qu’elle avait tenté de lui transmettre depuis deux jours ?

Elle s’assit lourdement sur le fauteuil qui l’accueillait depuis l’admission de son partenaire. Elle était épuisée. Elle dormait quelques dizaines de minutes de temps en temps, refusant de quitter son chevet malgré l’insistance de sa mère et de Walter. Elle avait l’intime conviction qu’il lacherait prise au moment même où elle quitterait la pièce.

Elle lui offrit la seule chose qui pouvait encore l’aider. A travers ses larmes, elle lui sourit.

***********

Deux jours plus tard.

Les yeux rougis par la fatigue et la détresse, Scully se leva en voyant l’inconnue s’approcher du lit de Mulder. Trop épuisée pour réagir, elle la vit avec stupeur prendre sa main avec douceur et la porter à ses lèvres.
D’une voix douce, elle s’approcha du visage du malade inconscient et lui murmura quelques mots à l’oreille. Elle semblait bouleversée. Scully scruta son visage avec un étonnement grandissant. Pale et mince, de grands yeux noisettes avec des reflets verts, elle ressemblait étrangement... à Fox.

- Qui êtes-vous ? Que faites vous là ?

La jeune femme la regarda d’un air triste et essuya une larme.

- Je m’appelle Samantha... Je suis sa soeur.

Scully dégluttit avec peine et s’approcha d’elle presque violemment.

- Non... Vous n’êtes pas sa soeur...

- Il a besoin de moi. Je suis venue dès que j’ai su...

- C’est trop tard. On ne peut plus rien faire pour lui.

- Ne dites pas ça. Il n’est jamais trop tard.

Scully l’entraîna dans le couloir.

- Je me suis présentée à ses médecins il y a quelques heures. Je suis compatible.

Scully la fixa d’un air stupéfait. Si elle est compatible... Cela signifie que ... Mon dieu c’est vraiment Samantha...

- Ils veulent tenter une greffe. C’est sa dernière chance.

*************

10 mois plus tard.

Il courait, à grandes enjambées souples et rapides, progressant parmi les allées battues par le vent froid d’octobre. La pluie fraiche et fine qui ruisselait sur son visage ne semblait pas le gêner. C’était pour lui le moyen d’évacuer les tensions accumulées pendant des jours, de vider son esprit des pensées souvent sombres qui perturbaient son sommeil. Après l’effort, il se sentait épuisé mais comme régénéré.

Malgré son entraînement quasi quotidien, il sentit venir le poing de côté et arrêta progressivement sa course. Jamais il ne retrouverait sa forme d’avant sa maladie. Il fallait qu’il intègre ce nouvel élément, qu’il fasse le deuil de son corps d’antan. Il aimait se retrouver ici, seul, pour profiter du petit matin. La ville se réveillait en douceur, comme alanguie par le froid vif qui sévissait depuis quelques jours.
La pluie se transforma bientôt en neige légère et il sourit en tendant son visage vers le ciel.

*******

Elle l’attendait. Elle l’attendait depuis deux jours. Elle était repartie déçue du parc hier, sans l’avoir vu. Sa patience était récompensée. Elle avait repris son poste d’observation et le regardait courir, rapide et souple, se moquant du vent froid qui rougissait ses joues. Elle sortit discrètement ses jumelles pour retrouver l’émotion qu’elle avait connu la première fois où elle l’avait vu, vivant, merveilleux. Elle sourit en découvrant l’écharpe dont il avait entouré son cou, les cheveux indisciplinés qui se dressaient sur sa tête. Il portait aujourd’hui un bas de jogging gris clair et un sweat shirt bleu marine surmonté d’un coupe vent blanc. Elle le vit s’arrêter et marcher, faisant voler les feuilles mortes qui tombaient autour de lui.

Elle ne pouvait rien faire d’autre que de le regarder. Elle vit son sourire s’épanouir sur son visage et une larme coula sur sa joue.

Elle avait enfin le droit de le rendre heureux. Depuis des mois, elle attendait le moment où elle allait enfin pouvoir se dévoiler. Elle avait si frustrée de devoir disparaître juste après la greffe... Mais la sécurité de sa propre famille, de ses enfants étaient en jeu et elle n’avait pu qu’attendre l’instant où enfin IL lui permettrait de le rencontrer.

*******

Il éprouvait une sensation presque surnaturelle en marchant à pas lents dans les allées désertes du parc. Il se sentait vivant. Plus vivant qu’il ne l’avait jamais été. Les épreuves des derniers mois l’avait finalement fait avancer vers la lumière. Le seul point noir était sa relation avec Scully. Elle n’était plus la même. Ou bien était ce lui qui avait changé ? Il y avait toujours la même confiance, mais il sentait bien qu’il n’y aurait jamais autre chose que de l’amitié entre eux deux. Il avait fait le deuil d’une relation amoureuse avec sa partenaire. Jamais elle n’avait souhaité aller plus loin qu’un chaste baiser... Le baiser d’une soeur pour un frère...

Il sourit ironiquement à cette pensée. Finalement, Scully était le substitut de Samantha...

Il se dirigeait vers le parking lorsque un choc violent par derrière le fit tomber à terre. En ouvrant les yeux, un peu étourdi, il découvrit une jeune femme à terre, visiblement choquée elle aussi, son vélo couché sur le côté. Il se releva et lui tendit la main.

- Est ce que vous allez bien ?

- C’est à moi de vous demander ça... Ma roue a glissé sur les feuilles et je vous ai heurté. C’est de ma faute. J’espère que vous n’avez rien.

- Non, ça va. Mais vous êtes très pâle. Tout va bien ?

- Oui... Un peu étourdie, c’est tout.

Il la regarda et lui sourit. Elle était pale et mince, ses yeux verts étaient constellés de paillettes d’or. Quelque chose en elle lui rappelait... Il était incapable de se souvenir...
Une infirmière, peut être ? Il avait croisé tant de gens, tant de regards.

Sa main était restée dans la sienne. Il se sentait comme happé par ce regard. Un frisson le parcourut et il sentit son coeur s’emballer dans sa poitrine. C’était stupide...
La jeune femme lui sourit à son tour et ils restèrent un moment, silencieux, face à face.

- Je m’appelle Fox.

Jamais il ne se présentait ainsi. Qui était donc cette inconnue qui l’hypnotisait ?

Elle répondit d’une voix douce.

- Je m’appelle Samantha.

Mulder sentit son coeur cogner dans sa poitrine et sa gorge se serra brutalement. C’était stupide. Samantha est un prénom répandu. Pourquoi fallait-il qu’il sursaute à chaque fois qu’il l’entendait prononcer ? Il se ressaisit rapidement et redressa le vélo de la jeune femme. La roue avant était voilée et hors d’usage.

- Je crains que vous ne puissiez plus rouler. Je vais vous raccompagner. Ma voiture n’est pas très loin. Il la questionna du regard et la jeune jeune acquiesça de la tête sans un mot. Elle le suivit dans l’allée. Son coeur battait si fort dans sa poitrine qu’elle avait l’impression qu’elle allait s’évanouir à chaque pas. Il s’était passé quelque chose. Il l’avait regardé d’une façon si intense qu’elle était sûre qu’il se doutait de quelque chose... Comment pourrait-il se douter ? Elle n’était qu’une inconnue pour lui.

Elle le détaillait plus facilement maintenant qu’il était près d’elle. Son corps mince flottait un peu dans ses vêtements mais il paraissait en bonne santé. Ses cheveux coupés courts mettaient en valeur son visage fin. Ses lèvres étaient bien formées, comme ses propres lèvres. Une fine pellicule de sueur couvrait son front et il frissonna sous l’assaut de l’air froid. Il se tourna vers elle en souriant. Ses yeux étaient tendres et intenses à la fois.

- Vous habitez loin ?

- Non... Mais je suis de passage ici. J’ai loué un petit appartement meublé dans Alexandria.

- J’habite Hegall Place.

Elle ne lui répondit pas. Elle savait parfaitement où il habitait, elle savait ses habitudes et c’est pourquoi elle était venue aujourd’hui dans le parc. Elle sentait qu’elle était prête à le recontrer. Elle le regarda mettre le vélo endommagé dans le coffre de sa voiture et il lui ouvrit la porte gentiment. Ses yeux ne la quittaient pas.

Ils s’engagèrent dans le trafic sans un mot, mais la tension était palpable dans la voiture. Elle le dirigea jusqu’à chez elle et attendit qu’il sorte son vélo. Ils étaient là, tous les deux, face à face et elle était prête à renoncer lorsqu’il prit l’initiative.

- Je peux vous revoir ?

Elle dégluttit avec difficulté et lui répondit d’une voix douce.

- J’aimerais beaucoup, Fox.

Elle le sentit presque défaillir lorsqu’elle prononça son prénom. Leurs regards ne se quittaient pas, captivés l’un par l’autre. Il sortit son portefeuille et lui tendit une carte de visite sur lequel il grifonna rapidement son numéro personnel.

- Appelez moi quand vous voulez. J’attendrais votre appel.

Il remonta dans sa voiture rapidement et elle poussa un profond soupir, presque soulagée. Elle avait encore un petit moment de répit.

*************

Il se maudissait alors qu’il rentrait chez lui. Il abhorrait sa fichue timidité. Il n’était pas à l’aise avec les femmes, malgré l’impression qu’il pouvait donner de lui même. La seule femme avec laquelle il se sente bien était Scully. Scully le connaissait, le comprenait mieux que quiconque. Elle l’aimait dans sa globalité, avec ses défauts et ses qualités, elle était la seule qui l’avait écouté, depuis leur première rencontre. Il n’avait jamais ressenti cela avec personne. Mais manifestement, elle ne souhaitait pas aller plus loin avec lui.

Il se sentait à l’aise avec Maggie. Maggie était la plus douce, la plus merveilleuse des femmes. Elle lui donnait plus d’amour que sa mère ne lui en avait jamais donné. Elle se considérait comme l’un de ses enfants, elle s’inquiétait pour lui, elle lui avait redonné confiance en lui. Elle avait eu le merveilleux pouvoir de lui faire comprendre qu’il méritait d’être aimé.

Il sourit en pensant à elle et décrocha son téléphone. Il avait pris l’habitude de l’appeler tous les matins et même s’ils ne restaient pas des heures au téléphone, son coeur était plus léger lorsqu’il raccrochait. Il ne lui parla pas de l’inconnue qu’il avait rencontré dans le parc.

**********

Samantha l’appela le soir même. Ils convinrent d’un rendez vous dans un petit restaurant de quartier.

Ils passèrent une soirée délicieuse, parlèrent de choses légères. Mulder évoqua sa maladie pudiquement, elle ne lui raconta pas les événements tragiques de sa vie. Elle le regarda sourire et plaisanter, se plongea dans ses prunelles dorées, recherchant dans sa voix profonde les souvenirs perdus.

La soirée s’achevait, douce et lumineuse. Lorsque vint le moment de le quitter, elle chercha sa main et il l’entraîna chez lui. Elle retint son souffle lorsqu’il ouvrit la porte et qu’elle découvrit son univers familier. Sur la table basse, dans un cadre sombre, elle découvrit la photo. L’émotion la submergea soudain et elle sentit ses yeux se remplir de larmes. Immobile devant le cadre, elle se laissa soudainement aller à son émotion.

- Samantha ?

Il avait prononcé son prénom dans un murmure.

Elle tenta de masquer ses émotions mais Fox la prit doucement contre elle et leva son visage vers le sien.

- Je suis là.

Elle vit ses yeux se remplir de larmes et sut qu’il avait compris. Ils étaient enfin réunis.

****************

Elle lui raconta tout. Ses années d’enfance après son enlèvement, le père qu’elle avait aimé comme le sien, son mari, la naissance de ses enfants, puis il y a quelques mois l’incroyable vérité révélée. Elle lui rappela leur première rencontre, alors qu’il n’était pas en état de la voir, le bonheur immense qu’elle avait ressenti de pouvoir lui redonner la vie, la douleur de devoir le quitter si vite. Elle lui raconta les pressions qu’elle avait subi, les menaces pour l’empécher de le revoir. Elle lui expliqua la décision qu’elle avait prise, pour le retrouver. Quitter le pays, fuir en Europe, acquérir une autre identité, pour pouvoir enfin revenir et lui offrir la vérité qu’il cherchait depuis tant d’années.

- Tu m’as cherché depuis tant d’années, Fox. Je ne pouvais pas faire moins pour toi.

- Tu m’as redonné la vie... Tu m’as redonné l’espoir. Jamais je ne pourrais te rendre ce cadeau.

- Oh, si, Fox. Tu es vivant. C’est le plus présent que tu puisses me faire. Et nous allons ratrapper toutes ces années qui nous ont été volées.

Le visage de Mulder s’éclaira et il la prit dans ses bras.

FIN

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